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Rencontre 1992 de l’Association des Séguin d’Amérique

Le 31 octobre 1992 à Boucherville QC



"Quand tu dis à un arbre: Comme tu es beau c'est alors qu'il regarde ses racines."

Oui! quel arbre impressionnant il m'a été donné de rencontrer en ce jour du 31 octobre 1992, qui commémore le 3201ème anniversaire de l'union de François Séguin et de Jeanne Petit, "ces générateurs d'une civilisation nouvelle'. Quel privilège j'ai eu de pouvoir contempler cet arbre magnifique dans sa totalité! Autant j'ai pu vibrer d'admiration devant le déploiement de son feuillage généreux ce samedi-là (au-delà de 450 Séguin bien en fleurs!), autant j'ai pu éprouver d'émotion et de fierté en prenant conscience de mes lointaines racines - connaissance dans le sens de "co-naissance" ("naître avec").

Quand on vit la sensation d'être une île perdue sinon noyée au sein de la foule anonyme des grandes villes, il est vital de découvrir des liens qui nous rattachent à un quelconque continent. Quand on le trouve, on est moins à la dérive. Ça rassure. Ce continent, je l'ai trouvé le 31 octobre dernier.

Bien sûr, je m'attendais à rencontrer beaucoup de Séguin. Imaginez: "Rassemblement membres de l'Association des Séguin d'Amérique", c'est impressionnant! Mais ce n'était, avant de m'y rendre, qu'une abstraction. Il a suffi que j'y mette les pieds pour que tout prenne un sens. Je me suis alors, dès la porte de la Polyvalente de Mortagne franchie, retrouvé dans le concret. J'ai commencé à m'entendre interpeler à tout moment, à gauche, à droite, par derrière, partout à la fois. Monsieur Séguin par-ci, Monsieur Séguin par-là. Chaque fois qu'on prononçait ce nom, je sursautais. Pour réaliser, tout étonné, que ce n'était pas moi qu'on appelait mais un autre, ou un autre ou encore un autre.

Des Séguin, il y en avait partout. Là à la table d'inscription. Là-bas autour de la cafetière. Au fond, à gauche, au comptoir des ventes de macarons, de tasses et de chandails: des Madames Séguin. "Hé Séguin!" je sursaute encore une fois sans pouvoir m'y habituer. Des cousins, des cousines, par dizaines, par centaines! Comme dirait Alphonse Daudet: "On aurait dit qu'il y avait dix chèvres de Monsieur Séguin dans la montagne. "Dix? Correction Monsieur Daudet: il y avait 450 chèvres de Monsieur Séguin dans la Mortagne (même le nom de l'école où on se réunissait s'y prêtait) ...

Et des sourires et des exclamations et des surprises et des éclats de rires.
- Monsieur Séguin je présume?
- Eh oui, eh oui, de la même lignée que vous mon cher.
- Dit Ladéroute?
- Bien sûr!
- On est donc de la même lignée?
- Oui, oui, surtout avec l'accent aigu sur mon "é" de Séguin.
- Et moi avec le point sur mon"i"...

Et j'embrasse Patricia d'Ottawa où moi-même je suis né. Je serre la main de notre trésorier Raymond #2 de Boucherville, de notre présidente Yolande que j'appelle "ma tante" et un autre Raymond, fils d'Armand, de Greenfield Park en qui je découvre un vrai p'tit frère quasiment jumeau tant nos caractères, nos goûts et nos intérêts se ressemblent. Et puis Walter de Hudson qui revient d'un voyage de Nashville et qui me parle avec nostalgie du temps où il jouait de la guitare.

Aussi ! Marie-Claire que j'embrasse avec affection et qui me signe discrètement un autographe pour mes filles Emmanuelle et Geneviève. Il y a ma proche cousine Lucette, fille du regretté Ivanhoe, que je n'avais pas revue depuis trente ans! Et ça "placote" partout. Il en vient de tous les coins du pays et même des États. Et en chacun, chacune, je me retrouve.

Moi qui m'étais ce matin-là levé d'humeur maussade, je me suis vu quelques heures plus tard propulsées dans de hautes sphères d'énergie et d'intenses palpitations. J'aurais voulu avoir des larges comme le monde pour embrasser toute cette parenté-là. Les heures défilaient trop vite.

Comment trouver le temps pour leur dire que je les aime tous sans même les connaître. Et pourtant je les connais par le sang qui coule en eux, qui jaillit en eux, en vous tous et toutes chers cousins-cousines. Ce sang venu d'une même source qui ne s'arrête pas de bondir dans les campagnes, les villages, les villes, les provinces... Et j'arbore fièrement mon macaron blanc et bleu avec sa petite fleur de lys et son superbe peigne de tisserand, noble métier de mon ancêtre François.

Parlons-en qu'il m'a impressionné ce François Séguin issu de Picardie et embarqué, la tête et le cœur plein de rêves et d'aventures, sur un grand voilier parti de La Rochelle en 1665. D'abord courageux soldat, il a troqué son bruyant fusil contre un silencieux peigne de tisserand. Ah! Comme je m'explique ici ce besoin d'action mais aussi de paix dont les Séguin ont hérité de lui. Simplicité. Douceur. Tout cela répandu parmi tous ses descendants.

Ce qu'il était beau notre ancêtre descendant à l'église l'allée centrale avec à son bras sa promise Jeanne Petit! Leur amour consacré au pied de l'autel devant trois célébrants (nommés Séguin) allait donner ces fruits innombrables et savoureux que nous sommes.

Debout, presque à l’arrière de la magnifique église Sainte-Famille de Boucherville, je regardais cette foule recueillie, séduite par cette messe chantée en latin comme autrefois. J'étais aussi ému qu'aux messes de minuit de mon enfance. La communion prit un sens et une dimension que j'avais oubliés depuis longtemps. De même que l'échange de "la Paix du Christ" transmise de banc en banc jusqu'à l'arrière de l'église. Au moment du Mémento des morts, nous, les branches d'un arbre qui ne cesse de croître, avons prié pour nos racines. Drôle d'arbre dont les branches sont sur la terre et les racines au ciel !

La messe s'est terminée par un "Ite Missa est" assez original. En effet notre merveilleux célébrant, emporté par l'euphorie et la mélodie et sans doute par quelque grâce actuelle, a commencé à entonner Ite-é-é-é-é-é mais le é-é-é-é amorcé allait devenir é-é-é-é-éléison quand un coup d'aile du Saint-Esprit (qui paraît-il est rarement distrait) l'a vite rappelé à l'ordre en déposant sur ses lèvres un subit "Missa est" que nous avons tous trouvé savoureux et digne d'être rapporté dans La "Séguinière". En riant le Père Séguin avoua qu'il y avait bien longtemps qu'il ne l'avait pas chanté. Mémorable!

Et ce n'était pas terminé! Comme tout rassemblement qui se respecte, la journée s'est clôturée par les agapes fraternelles. Un vrai réveillon de famille. Pour ne pas faire mourir d'envie ceux qui n'ont pas pu prendre part à cette journée, je passerai sous silence l'impressionnant menu du banquet. La voix radio-canadienne de Normand Séguin qui nous avait charmés toute la journée nous a fait palpiter surtout au moment du tirage au sort de dix bouteilles de 'Château de Seguin" après que les chanteurs du Théâtre lyrique de Boucherville eurent généreusement diverti les convives.

Comment oublier les ovations réservées à madame Yolande Séguin-Pharand ainsi qu'à son époux de même qu'à notre trésorier Raymond pour l'immense travail accompli. Grâce à eux et bien sûr au support apporté, grâce à leur générosité et à leur amour, la fête fut un succès sur toute la ligne. Notre association leur doit la vie. Elle est devenue cet arbre magnifique qui n'a pas fini d'étendre ses branches.

Laissez-moi vous dire que l'autre nuit, mon ange gardien, qui revenait d'un court week-end passé Là-Haut, m'a confié à l'oreille que notre ancêtre François bien assis sur son nuage avait bénéficié le 31 octobre dernier d'une béatitude additionnelle et assez rare au ciel. Paraît-il en effet que le Père Éternel aurait accordé à François et à sa belle Jeanne d'ajouter d'autres, beaucoup d'autres branches à l'arbre généalogique des Séguin...


Jean Séguin #242
Citation et renseignenents sur François Séguin extraits de "L'Impossible défi" de Yolande Séguin-Pharand.